The Eurotower of the European Central Bank -EZB- in Frankfurt with the Euro symbol and the twelve stars of the European Union flag.
Qu’était le monde début 2020 ?
Bien avant l’apparition du coronavirus, la Zone Euro vivait une période ambigüe de son histoire. Après la forte récession de 2008, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a jamais pu remonter ses taux directeurs par crainte de ralentir la croissance du continent.
Elle s’est ensuite lancée dans une politique « non conventionnelle » de rachat d’emprunts d’États notamment, afin de rendre la charge de la dette publique soutenable pour les États. À titre d’exemple, la dette publique française est passée de 69% du PIB en 2008 à 83% du PIB en 2010 (98% en 2020), sans jamais être redescendue depuis.
De son coté, et même si elle a été plus réactive aux premières heures de la crise, la Réserve Fédérale américaine (FED) a pu relever son taux directeur (le Fed Funds Rate atteignant un maximum de 2,5% début 2019, contre 0,25% précédemment, pour se redonner la possibilité de baisser ses taux, en cas de risque de récession.
Avant la crise du coronavirus, le consensus prévoyait déjà la fin du cycle économique américain. Par ailleurs, la menace du ralentissement économique chinois (et donc de la demande), menaçait la croissance mondiale dans son ensemble.
Néanmoins, l’abondance de liquidités très bon marché, a fait oublier la notion de risque aux opérateurs de marché, à investir sur des actifs risqués, quel qu’en soit le prix.
Quelles évolutions depuis la crise du Coronavirus
C’est dans ce contexte presque chimérique d’une absence de perception du risque et d’une sédation constante de la part de banques centrales, qu’est découvert, le SARS-CoV-2. Un coronavirus originaire de Chine, particulièrement dangereux pour le système respiratoire, qui finira par se répandre sur toute la planète, causant une pandémie.
La réponse des gouvernements sous forme de politique sanitaires de confinement, concernant plus de trois milliards de personnes aujourd’hui, a pour conséquence d’enrayer la machine économique mondiale. Le ralentissement généralisé participe d’autant plus à cet enrayement, que les indicateurs macroéconomiques d’avant la crise étaient déjà précurseurs d’une récession
L’impact de la prise de conscience de la gravité de la crise a été significatif sur les marchés, le CAC 40 passant de plus de 6 000 points en février à moins de 4 000 en mars, pour une performance depuis le début de l’année de -26% (à raison du 26 mars 2020). L’incertitude quant à l’avenir des marchés est également maximale : le VIX – indice de volatilité phare des marchés financiers américains – a presque atteint 80 points alors qu’il oscillait depuis plusieurs années à un niveau particulièrement bas (entre 10 et 15).
Quelles sont les mesures appliquées ?
La leçon de la récession de 2008 a cependant été apprise et les banques centrales n’ont pas tardé à prendre des mesures radicales et rapides. Du côté américain, le Fed Funds Rate (qui avait déjà été abaissé de manière préventive en 2019 dans ce contexte de fin de cycle économique anticipé) a été réduit significativement, à 0,25% contre 1,75% il y a encore quelques semaines.
À cela s’ajoute un programme massif de rachat d’obligations, notamment du Trésor américain à hauteur de 500 milliards de dollars ; ainsi qu’un programme de prêts aux institutions bancaires, avec l’objectif de maintenir la liquidité des investissements privés. À l’international, la Réserve Fédérale américaine a abaissé son taux sur les swaps en dollars américains avec d’autres banques centrales (Notamment celles du Canada, du Japon et de la Zone Euro) pour maintenir la liquidité de sa devise.
La BCE n’avait, quant à elle, pas de marge de manœuvre au niveau de ses taux directeurs (le taux de refinancement étant à 0% depuis 2016). La situation critique en termes de politique monétaire dans laquelle la Zone Euro est maintenant plongée depuis plusieurs années, a poussé les obligations de plusieurs États à afficher des rendements négatifs. Il s’agissait des multiples opérations de grande envergure de rachat d’obligations publiques comme privées. Demeurant son moyen d’action le plus pertinent et aisé, la BCE a décidé, en réaction à la crise sanitaire (dont le centre n’est aujourd’hui plus la Chine, mais bien l’Europe,) d’alléger les conditions d’application de ses processus de rachat existants (notamment TLTRO III) et d’en lancer un supplémentaire. Ce programme de rachat pandémique d’urgence, pour 750 milliards d’euros au moins jusqu’à fin 2020, se concentrera, comme les précédents, sur les obligations privées comme publiques.
Quelles sont les options restantes ?
La marge de manœuvre des banques centrales en matière de politique dites conventionnelles (modification des taux directeurs, programmes divers visant à maintenir la stabilité des prix, la liquidité, etc.) est malheureusement limitée. C’était déjà le cas pour la BCE mais la Fed est elle aussi à présent dos au mur sur cet aspect.
L’autre alternative complémentaire est celle de la politique budgétaire et fiscale et, de manière plus générale, des actions gouvernementales. Cette alternative est actuellement mise en place à travers le monde et particulièrement en Europe, peu important le niveau d’endettement actuel des États.
La troisième alternative, plus brute, est un énième abaissement des taux directeurs, cette fois-ci en territoire négatif. Une telle mesure n’est cependant probablement pas à l’ordre du jour pour les banques centrales, qui préfèreront multiplier les programmes de rachat d’actifs.
Les banques centrales se retrouvent aujourd’hui confrontées à une crise à laquelle elles n’ont plus les moyens de répondre de manière conventionnelle, leurs premiers et principaux outils ayant été déjà été grandement épuisés au cours de la crise de 2008. Elles n’ont, par la suite, pas pu renouveler leur arsenal dans un monde qui s’est accoutumé à des politiques monétaires accommodantes.
Il faudra attendre les résultats des actions des gouvernements pour voir si des efforts supplémentaires sont nécessaires ou non.